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ZAN : la sobriété foncière et la valeur des terrains

Par Rémi Idé · 26 juillet 2026

La trajectoire de zéro artificialisation nette (ZAN) est le cadre le plus structurant de l’évaluation foncière de la décennie. Issue de la loi Climat et Résilience n° 2021-1104 du 22 août 2021, ajustée par la loi ZAN 2 n° 2023-630 du 20 juillet 2023, elle raréfie mécaniquement le foncier constructible. Une réforme d’assouplissement — la proposition de loi TRACE — est en discussion mais n’est pas entrée en vigueur. Pour l’expert, l’enjeu n’est pas politique : c’est la constructibilité retenue et, par elle, la charge foncière.

En vigueur : la trajectoire 2021-2050 s’impose aux documents d’urbanisme. Les SCoT doivent l’intégrer avant le 22 février 2027, les PLU et PLUi avant le 22 février 2028.

Références : Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, art. 191 à 194 · Loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 · Code de l’urbanisme (documents de planification).

Le cadre en vigueur

Deux objectifs chiffrés se cumulent. Un jalon intermédiaire : réduire de moitié la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) sur 2021-2031 par rapport à la décennie précédente. Un objectif final : l’absence d’artificialisation nette en 2050. La loi ZAN 2 de 2023 a introduit des soupapes — garantie de développement communal (une surface minimale pour chaque commune), traitement à part des projets d’envergure nationale ou européenne — sans lever la contrainte de fond.

Réf. : Loi n° 2021-1104, art. 191 · Loi n° 2023-630.

Ce que « artificialisation » veut dire

La bascule tient à la comptabilisation. Pour le jalon 2031, on raisonne en consommation d’ENAF ; à partir de 2031, en artificialisation nette, au sens d’une nomenclature réglementaire qui distingue les surfaces selon leur occupation et leur couvert. Une même parcelle peut donc être « consommée » sans être « artificialisée » au sens strict — une nuance qui pèse sur le potentiel réel d’un terrain.

Réf. : Code de l’urbanisme, art. L. 101-2-1 et nomenclature associée.

La réforme en suspens — TRACE

La proposition de loi TRACE (Trajectoire de Réduction de l’Artificialisation Concertée avec les Élus), adoptée en première lecture par le Sénat le 18 mars 2025, viserait à supprimer le jalon de 2031 (report vers 2034), à simplifier la comptabilisation et à repartir des besoins des collectivités. À l’été 2026, le texte n’a pas été examiné par l’Assemblée nationale : il ne crée aucune règle applicable. L’objectif final de 2050 n’est, en tout état de cause, pas remis en cause.

À l’été 2026 — texte non promulgué : à suivre, sans valeur normative à ce jour.

Portée en évaluation

À retenir : la ZAN agit sur la ressource même de l’évaluation foncière, la constructibilité. Trois effets à intégrer au cas par cas :

  • Tension sur le déjà-constructible. La rareté organisée renchérit les terrains déjà ouverts à l’urbanisation et effectivement mobilisables — l’offre future se contracte.
  • Risque de déclassement des zones AU. Une zone à urbaniser non engagée peut être rendue à l’ENAF lors de la révision du PLU : la constructibilité « sur le papier » n’est plus acquise. C’est un risque réglementaire à décoter, dans la ligne de la jurisprudence rappelant qu’un classement ne rend pas une parcelle constructible à lui seul.
  • Prime au renouvellement urbain. Densification, friches, surélévation, transformation : les gisements qui ne consomment pas d’ENAF gagnent une valeur relative — c’est là que se déplace la charge foncière.

L’expert retient une constructibilité justifiée par le document d’urbanisme en vigueur et sa trajectoire de révision, non par le seul zonage actuel.