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Expertise

Méthodes d'évaluation

Le choix de la méthode d'évaluation se justifie par la nature du bien, la finalité de la mission et la disponibilité des données de marché. Ce panorama expose les principales approches, leurs principes, leurs sources et leurs limites.

Méthodes par comparaison

Cette méthode constitue l'approche de référence pour déterminer la valeur vénale, établissant un lien direct avec les réalités du marché immobilier.

Principe

L'évaluation repose sur l'analyse d'un ensemble de transactions sur des biens similaires et sur une période récente. Les paramètres des données de prix constatés sont ajustés afin de refléter les écarts de critères entre les biens de référence et le bien expertisé. En l'absence de données de transactions suffisantes et fiables, l'expert en évaluation immobilière peut justifier de l'usage d'autres données de marché pertinentes.

Sources d'information

Les données relatives aux prix de transactions réalisées constituent la référence privilégiée et sont pour partie disponibles par les sources publiques comme DVF ou des applications de données multi-canal comme VALYO. Ces outils analytiques modernes permettent le traitement de la donnée par l'expert et constituent une aide à la décision au jugement professionnel.

Unités de comparaison

Les prix s'analysent selon des unités appropriées au type de bien (surface, revenu net…). La cohérence des unités et méthodes de mesure entre tous les biens comparés est essentielle.

Critères d'analyse

L'expert en évaluation immobilière apprécie notamment :

Limites et précautions

La pertinence diminue avec l'écart entre les caractéristiques des biens. En cas de références insuffisantes ou trop éloignées, le recours à une méthode alternative de vérification est recommandé.

Méthodes par le revenu

L'approche par le revenu est une forme d'analyse d'investissement basée sur la capacité d'un bien immobilier à générer des avantages nets (généralement monétaires) et la conversion de ces avantages en une valeur actualisée.

Principes généraux

L'approche par le revenu repose sur trois éléments fondamentaux qui interagissent :

Point d'attention : pour estimer une valeur vénale, toutes les données et hypothèses doivent être dérivées du marché. Pour une valeur d'investissement, le calcul part de la situation d'un investisseur individuel.

Les deux grandes catégories de modèles

Modèles traditionnels (capitalisation) :

La croissance est intégrée implicitement dans le taux.

Modèles explicites (DCF) :

La croissance est modélisée explicitement.

Il est crucial d'éviter le double comptage de l'inflation et de la croissance :

Capitalisation perpétuelle

La capitalisation directe convertit l'espérance de revenu en valeur par application d'un rendement approprié. Cette méthode suppose :

Valeur DI = Revenus / taux de rendement

Le taux de rendement (rendement tous risques) reflète l'ensemble des attentes du marché concernant les risques, la croissance des revenus et du capital, et autres anticipations des investisseurs.

Modèles de réversion

Lorsque le loyer actuel diffère du loyer de marché, trois modèles permettent de traiter cette situation :

Détermination du taux de rendement

Le taux de rendement intègre de multiples composantes de risque :

Facteurs d'ajustement du taux :

Méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF)

Le modèle DCF explicite est basé sur le principe que la valeur de la propriété est égale à la somme de la valeur actuelle de tous les flux de trésorerie futurs ainsi que la valeur de revente à la fin de la période de détention.

Caractéristiques principales

Construction du modèle DCF

Étape 1 — Détermination de la période de détention. La période doit être suffisamment longue pour permettre :

Étape 2 — Projection des flux de trésorerie. Revenus à projeter :

Charges à déduire :

Ne pas inclure dans le DCF :

Étape 3 — Détermination du taux d'actualisation. Plusieurs méthodes pour établir le taux approprié :

Le taux doit être cohérent avec les hypothèses du modèle : si les flux sont optimistes, utiliser un taux plus élevé ; si prudents, un taux plus faible.

Étape 4 — Calcul de la valeur de sortie. La valeur terminale est généralement calculée par :

Taux de sortie : généralement égal ou supérieur au taux actuel pour refléter l'incertitude et la dépréciation sur la période.

Méthodes basées sur les comptes d'exploitation

Pour certains biens spécialisés (hôtels, centres de loisirs, théâtres), l'évaluation repose sur les comptes de l'entreprise exploitante, en travaillant souvent sur la base de l'Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (EBITDA).

Points d'attention spécifiques :

Méthode « cost approach »

Approche consistant à évaluer un actif immobilier en calculant ce qu'il en coûterait aujourd'hui pour le remplacer ou le reconstituer à l'identique ou par un équivalent offrant une utilité économique similaire. Cette méthode s'applique principalement aux biens très spécialisés (« specialised property » : hôpitaux, usines chimiques, etc.) ne disposant pas de comparables en nombre suffisant.

Domaines d'application

Limites

Le coût de remplacement net (CRN)

Le CRN détermine le coût de construction d'un équivalent moderne d'utilité égale, diminué des dépréciations.

Éléments du coût :

Exclusions :

Les dépréciations

Trois types affectent la valeur :

Mise en œuvre pratique

L'expert en évaluation immobilière doit :

Points d'attention

Méthodes indiciaires

Les méthodes indiciaires consistent à appliquer mécaniquement un coefficient de variation à un prix de transaction antérieur ou à une valeur préexistante.

Cette approche, qui se limite à une simple actualisation mathématique, ne peut en aucun cas être considérée comme une méthode d'évaluation à part entière :

L'usage des méthodes indiciaires reste néanmoins toléré dans des contextes très spécifiques :

Les indices publiés par les Notaires de France, bien que validés par l'INSEE, illustrent cette limite : ils constituent d'excellents outils d'analyse macroéconomique du marché immobilier, mais ne sauraient remplacer une véritable expertise individualisée du bien.

Méthodes dites par sol et construction

Les méthodes dites par sol et construction reposent sur une décomposition analytique de la valeur immobilière en deux éléments distincts : d'une part la valeur du terrain nu, d'autre part la valeur des constructions qui y sont édifiées.

Principalement employées dans des cas où la dissociation s'impose : évaluation pour démolition-reconstruction, baux à construction (BAC), certaines approches fiscales, mais aussi les liquidations de communauté et les rapports successoraux, où la distinction entre biens propres et acquêts, ou entre différentes origines de propriété, nécessite une ventilation précise des valeurs.

La dualité méthodologique de dissociation méconnaît le principe fondamental selon lequel un bien immobilier constitue un ensemble indissociable dont la valeur globale n'est pas nécessairement égale à la somme de ses parties. L'interaction entre le terrain et les constructions, l'adéquation du bâti à son environnement, ou encore l'optimisation de l'usage du sol sont autant de facteurs de valorisation ou de dévalorisation qui échappent à cette analyse binaire.

Méthode du bilan promoteur

La méthode permet d'évaluer des terrains à bâtir, des projets en cours de développement ou des immeubles avec potentiel de restructuration. Elle repose sur le principe économique selon lequel la valeur d'un bien en l'état s'obtient en déduisant de la valeur du projet achevé l'ensemble des coûts nécessaires à sa réalisation.

Domaine d'application

Cette méthode s'applique principalement pour :

La jurisprudence admet progressivement cette approche, notamment dans les marchés étroits ou comme méthode de recoupement. L'État la préconise pour optimiser la valorisation de son patrimoine.

Sur le traitement juridique de cette méthode en expropriation (où elle est écartée comme méthode principale), voir l'analyse détaillée :La méthode « bilan promoteur » →

Méthodologie

1. Détermination de la valeur de sortie (Gross Development Value). Point crucial : il s'agit de la valeur du bien comme s'il était achevé à la date d'évaluation, reflétant les conditions de marché actuelles et non une valeur future. Cette valeur s'établit par comparaison ou par capitalisation des revenus, en analysant :

2. Déduction des coûts. Tous les coûts sont calculés dans l'optique d'un « acquéreur type » à la date d'évaluation :

3. Traitement de la marge promoteur. La marge rémunère le risque entrepreneurial et s'exprime soit :

4. Calcul de la valeur résiduelle. Après déduction de tous les coûts et de la marge, on obtient la valeur résiduelle. Il convient encore de déduire les frais d'acquisition du terrain.

Points d'attention particuliers

Sensibilité des hypothèses : des variations mineures des paramètres peuvent impacter significativement le résultat.

L'expert en évaluation immobilière doit :

Cas spécifiques IFRS

Pour les sociétés soumises aux normes IFRS et les OPCI, l'identification d'une marge est obligatoire, même pour les développements pour compte propre. Un consensus entre client, expert en évaluation immobilière et auditeurs est nécessaire sur les principes d'évaluation.

Méthode alternative : flux actualisés

La méthode « dynamique » par actualisation des flux (DCF) offre une approche plus explicite du calendrier des recettes et dépenses. Elle permet de calculer le TRI du projet, mais utilise des données similaires à la méthode statique, avec l'avantage d'une meilleure prise en compte de la chronologie des flux.

Profits method (ratios professionnels)

Méthode s'appliquant principalement aux biens immobiliers monovalents dont la valeur est indissociable de l'activité qui y est exercée, tels que : hôtels, cliniques, cinémas, équipements de loisirs, restaurants à concept spécifique ou tous locaux conçus ou aménagés pour un usage unique, avec des aménagements techniques et économiques rendant leur reconversion difficile. Elles constituent une adaptation des méthodes classiques par comparaison ou capitalisation, utilisant les performances économiques de l'exploitation comme base d'évaluation.

La valeur s'établit en appliquant des ratios sectoriels aux indicateurs d'exploitation (chiffre d'affaires, marge brute). Le taux d'effort, défini comme le rapport entre les coûts immobiliers totaux (loyer + charges) et le chiffre d'affaires ou la marge brute, repose sur des moyennes sectorielles. L'expert en évaluation immobilière doit toutefois analyser la capacité réelle du locataire à supporter ce taux d'effort théorique, au-delà du simple constat des ratios moyens, en tenant compte de la performance spécifique de l'établissement et des conditions locales de marché.

Cette approche nécessite l'accès aux données comptables sur plusieurs exercices pour neutraliser les variations conjoncturelles. Elle doit être recoupée par d'autres approches, notamment la comparaison. L'expert en évaluation immobilière doit particulièrement veiller à distinguer la valeur de l'immobilier de celle du fonds de commerce, vérifier la soutenabilité économique du loyer déterminé et s'assurer que le résultat obtenu reste cohérent avec les valeurs constatées pour des biens similaires dans une même zone de chalandise.

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